Bien que ce site soit avant tout dédié aux jardins japonais classiques, il m'a semblé intéressant d'y évoquer un aspect plus "quotidien" et contemporain des jardins nippons. La nature est omniprésente dans la vie et l'habitat des japonais, il serait d'ailleurs bien difficile de dissocier les deux. C'est pourquoi on trouve souvent de minuscules jardins dans des lieux improbables comme le coin d'une rue, sous un porche, à l'entrée d'un magasin, etc. J'ai toujours été fasciné par la beauté de ces espaces réduits qui concentrent tant de "ki 気" (d'énergie vitale) et de "wa 和" (harmonie proprement japonaise). Plus le lieu est petit, plus le résultat est intéressant; voilà qui devrait briser l'idée reçue que "jardin japonais" = "grand espace avec étang et pont rouge" !
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Régulièrement, je vous proposerai des photos de ce que j’appelle "tokumei teien" ou "jardins anonymes", sources inépuisables d'inspiration pour ceux d'entre vous qui n'auraient que quelques mètres carrés de jardin, une cour intérieure ou un balcon. La première d'entre elles (ci-dessus), est une photo prise dans l'entrée d'un restaurant. Le tsukubai et son ENORME chozûbashi constitué d'un bloc de pierre à la cavité naturelle (shizensekichôzubachi 自然石手水鉢), vous fait vérifier par deux fois l'état de propreté de vos mains avant de pénétrer ce “temple gastronomique” ! On aperçoit distinctement les deux pierres à usage spécifique (yakuishi 役石) placées devant le chôzubachi : la teshokuishi 手燭石 (litt. pierre pour bougie) sur la gauche sur laquelle est posée une lampe portative et la maeishi 前石 (litt. pierre de devant), grosse pierre plate légèrement surélevée permettant de s'accroupir sans salir ses vêtements. L'ensemble très "naturel" (style sô) est contre-balancé par les pavages nobedan 延段 utilisant des pierres taillées (kiriishijiki 切石敷) assemblées de manière rectiligne (style shin/shin). Une "canalisation" de bambou (kakehi 筧) et un tôrô 灯籠 viennent compléter ce tableau d'accueil.
La végétation est agencée sur trois niveaux : haute, médiane, basse. Erables et camélias constituent la première (ainsi qu'une glycine, fuji 藤, courant sur la pergola en haut à gauche de l'image) ; nandines, spirées et azalées la seconde ; et enfin ophiopogons et diverses herbacées pour la dernière. Cette répartition végétale se retrouve souvent dans de nombreuses compositions classiques, elle constitue un moyen de créer une harmonie naturelle.
A noter également la barrière de planches de bois visible sur la partie droite et haute, qui pourra être reproduite dans le cadre d'un projet personnel d'aménagement de jardin, et qui surtout, viendra remplacer plus facilement les chaumes de bambou encore trop difficiles à trouver dans nos régions (à ce propos, si vous avez des filières, n'hésitez pas à faire partager l'info !). Les planches sont clouées en quinconce le long de tasseaux de bois horizontaux.
Pour terminer une petite devinette : sauriez-vous dire dans quelle ville j'ai pris cette photo ? Il y a un indice qui peut vous laisser supposer du lieu en question... Une idée ? Il n' y a rien à gagner, si ce n'est l'occasion de se cultiver un peu plus.
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