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En haut : détail d'une peinture de l'époque Song. Notez le traité graphique de l'eau autour des rochers.

En bas : détail du jardin sud du Zuiho-en à Kyôto.

 

 


Caractéristiques (suite) :
Le but de ces jardins monacaux n'est plus ludique ou récréatif, mais contemplatif (kanshôniwa 観賞庭). Ils sont conçus pour être vu depuis un (ou plusieurs) endroit(s) bien précis en station assise, le plus souvent depuis une véranda (en ), et constitus de fait, de véritables tableaux en 3 dimensions. Autre analogie avec la peinture, les karesansui sont systématiquement "cadrés" par des murs d'enceintes, s'inscrivant ainsi dans une forme rectangulaire contrastant avec les formes naturelles des éléments du jardin. On ne pénètre donc pas physiquement à l'intérieur de ces jardins, qui de façon génerale sont d'assez petites tailles, mais on "parcourt" mentalement les "vastes" paysages qui y sont représentés à petite échelle, illustrant ainsi des principes zen comme : le "grand" peut se trouver dans le "petit", ou qu'il ne faut pas se fier à la superficialité des choses. Les karesansui traduisent donc une idée symbolique ou des émotions personnelles, et constituent un support à l'enseignement des doctrines. L'idée que les jardins zen soient donc des supports méditatifs, n'est donc pas vraiment exact, il ne faut pas confondre "contemplation" et "méditation". C'est en effet plus dans la pratique quotidienne des soins à apporter au jardin, que les moines exerçent encore aujourd'hui, leur aptitude à la concentration. Le ratissage du sable ou l'entretien de la mousse sont des bons exemples, ces tâches (comme l'ensemble des autres tâches ménagères rythmant la vie d'un moine) devant être réalisées avec une extrême rigueur dans un esprit de "méditation active ".

L'Homme au travers du zen, doit apprendre à dépasser les apparences pour percevoir la vérité cachée des choses. La même démarche est appliquée dans les jardins secs au travers du principe ésthetique Yûgen 幽玄 ( : "caché" ou "obscure" et : "mystérieux" ou "sombre"), que M.P.Keane traduit par "résonance profonde". On abandonne les éléments constitutifs ostentatoires employés jusqu' alors (comme dans les résidences des aristocrates de style Shinden par exemple) pour les remplacer par d'autres, plus épurés, afin de représenter l'essence même de la Nature, et non plus ses manifestations externes. "Il faut chercher à raconter beaucoup de choses au travers très peu d'éléments, plutôt que de se disperser dans une multitude d'élements pour ne pas dire grand chose" comme l'explique Shunmyo Masuno, moine zen maître paysagiste vivant aujourd'hui à Yokohama, connu pour ses réalisations internationales de jardins secs résolument contemporains, mais profondement ancrés dans la tradition du karesansui classique. Finis donc les feuillages et fleurs colorés, la palette des tonalités employée devient "monochrome", à l'instar des peintures à l'encre chinoise des écoles Song du Sud (1127 - 1279) et Yuan (1279-1368) qui ont fortement influencé les moines créateurs de jardins de l'époque féodale. Cette influence est telle, que certains principes esthétiques caractéristiques de ces peintures sont appliqués aux jardins, comme yohaku no bi 余白の美 ("beauté de l'espace laissé en blanc"), où les espaces nus de gravier ratissés, ne sont pas sans rappeler les "vides" du papier laissé vierge. Le karesansui est sans doute "LE" jardin japonais graphique par excellence, cherchant au travers l'asymétrie de ces éléments constitutifs, un équilibre "naturel". Equilibre entre le fond et la forme, entre les pleins et les vides, entre la courbe et la ligne droite.

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