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Détail sur les azalées taillées en grandes masses compactes (ôkarikomi 大刈込) ou en boules de petite taille (kokarikomi 小刈込).
Shisen-dô
(詩仙堂), Kyôto.


Caractéristiques (suite) :

Globalement le caractère sacré attaché aux précédents archétypes de jardin a totalement disparu, les aspects esthétique et ludique ayant pris le pas sur le reste. Si l'on continue de trouver des groupements de pierres (en moins grand nombre cela dit), c'est avant tout leur caractère graphique et leur pouvoir évocateur qui est mis à l'honneur (on joue beaucoup sur la dualité de pierres féminine/masculine). Ici, nulle référence à un quelconque goshintai 御神体 (siège de divinité shintô), l'agencement des éléments constitutifs est réalisé afin de développer un effet esthétique maximal, et n'est plus dicté par les anciennes règles de la géomancie chinoise.

Cela dit, les jardins kaiyûshiki s'inscrivent également dans une continuité issue des jardins classiques, dans le sens où ils restent une célébration de la Nature, une rencontre entre l'Homme et son environnement. Le jardin cherche à exprimer des émotions, de la spiritualité, au travers une Nature re-créée et domestiquée, comme le signale M.P. Kean dans son ouvrage "L'Art du Jardin au Japon" : "le jardin crée une esthétique harmonieuse en conciliant la crainte respectueuse de la Nature et la nécessité de la dominer". On modèle donc totalement le paysage : on fabrique des étangs, des îles bien entendu, mais aussi de fausses collines hautes de plusieurs dizaines de mètres (technique appelée tsukiyama 築山, utilsée dans une moindre mesure depuis l'époque Heian dans les jardins de style shinden). La construction de "montagnes artificielles" rencontre un tel succès à cette époque, qu'un manuel technique lui est même consacré aidant au développement et à la diffusion de ce type d'aménagement (il s'agit du Tsukiyama Teizouden 築山庭造伝, écrit par le créateur de jardin Kitamura Enkin en 1735). Arbres et arbustes sont taillés et formés  avec le plus grand soin (ensemble de techniques appelées karikomi 刈込), parfois même en forme cubique (hakozukuri 箱造, litt. "style boîte"). On plante des fleurs et des essences aux floraisons (ou aux feuillages) remarquables pour marquer le passage des saisons qui seront prétextes à diverses festivités. Les techniques ancestrales sont toujours utilisées : Le jardin reste entouré d'une enceinte, le jeu du contraste entre angle droit et courbes naturelles (caractéristique majeure des jardins japonais selon Günter Nitschke) est toujours au coeur du dispositif créatif, l'équilibre dans l'asymétrie est de rigueur avec l'utilisation, entre autres, de composants sous forme de triade, etc. Bien que dénué de caractère sacré comme nous l'avons dit précédemment, on continue de respecter au sein du jardin, la symbolique héritée du passé (on reconnaîtra ici un trait de caractère proprement japonais) : îles grue et tortue (tsurujima 鶴島 et kamejima 亀島) continuent d'évoquer (bien que plus rarement) la félicité et la longévité, au même titre que les représentations du mont Hôrai 蓬来山 , du "Paradis de l'Ouest" (voir jardins de style shinden). Enfin, cascades, ruisseaux et ponts font aussi partie des éléments communs à cet archétype de jardin, mais sont bien plus imposants et démonstratifs que ceux jusqu' alors employés.

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