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Koke (mousse), chôzubachi (bassin), takegaki (clôture de bambou), participent à créer une atmosphère naturelle, rustique, empreinte d'une esthétique sobre pleine de mélancolie.
(Kôtôin, Kyôto).

Caractéristiques (suite) :
Tout commence donc à l'entrée du jardin : le visiteur passe d'un monde profane (l'extérieur) à un monde sacré (l'intérieur) dès lors qu'il franchit la porte d'entrée du jardin (sotomon 外門 on trouve parfois le terme de rojimon 露地門). A partir de cet instant, "les choses de la vie" ne vont plus suivre un court normal, c'est notamment le cas de la notion de temps : le chaniwa est conçu comme une "distortion temporelle". Cette porte d'entrée est en effet, généralement conçue comme une chicane, obligeant celui qui l'emprunte, à ralentir son pas. En refermant la porte derrière lui, "l'invité" marque symboliquement sa coupure volontaire avec le monde "du dehors" et une fois à l'intérieur du sotoroji , le visiteur est "pris en charge" par un chemin (le roji, 露地 litt. "sol couvert de rosée") dessiné par des pierres naturelles planes légèrement surélevées par rapport au niveau du sol (d'où leur nom de tobiishi 飛石, litt. "pierres volantes"), qui va le guider jusqu'à une aire d'attente proche, composée d'un banc couvert (koshikake machiai 腰掛待合 ou simplement machiai 待合). Là encore, la disposition des pierres aura été pensée de manière à ralentir le pas de celui qui emprunte le roji, de manière à rendre plus long le trajet effectué par l'invité. Dans le cadre d'un chanoyu, l'hôte arrose les pierres du roji : cela constitue une sorte de "purification" du jardin, évoque la rosée, et apporte un peu de fraicheur durant les mois d'été.

Dans le machiai, l'invité devra s'assoir quelques instants, le temps de finir mentalement de se couper totalement du reste du monde et de se préparer à continuer sa progression au travers cet univers de pureté et de tranquillité qui s'offre à lui . De cette place, le jardin n'est pas visible dans son ensemble, on ne peut qu'en perçevoir une infime partie : takegaki 竹垣 (litt. "cloture de bambou") et groupement d'arbres et arbustes persistants trouvent ici leur rôle majeur de "panneaux" occultants. Le jardin est en quelque sorte "suggéré" plus que dévoilé, ainsi on trouvera tout proche du machiai, un chiriana 塵穴 (litt. "trou à poussière"), dans lequel l'hôte aura pris soin de déposer quelques branches fraîchement taillées (manière de montrer à son invité qu'il a préparé le jardin à son attention avec le plus grand soin). L'invité quant à lui, doit symboliquement y déposer "les déchets de son esprit", ses préocupations quotidiennes ou mauvaises pensées. On trouve également, dans les jardins de superficie suffisante, des toilettes (shitabara setchin下腹雪隠).

En quittant ce modeste abri, on pénètre à l'intérieur du uchiroji. Mais il faut passer au préalable une nouvelle porte (chûmon 中門 litt. "porte du milieu") pouvant être couverte d'une toiture, ou parfois se résumant à un simple portillon en bambou (kidomon 木戸門). C'est ici que l'hôte et l'invité se rencontrent, chacun positionné sur des pierres disposées de part et d'autre du seuil (teishuishi 亭主石, litt."pierre de l'hôte" et kyakuishi 客石, litt."pierre de l'invité"). L'invité doit alors effectuer un acte de purification symbolique hérité de la tradition shintô, appellé misogi . Dans le cadre du thé, il revêt la même forme que celle effectuée à l'entrée des temples shintô, à savoir : ablutions de la bouche et des mains. Ces ablutions se font auprès du tsukubai 蹲踞, ensemble d'éléments qui regroupe un bassin en pierre chôzubachi 手水鉢, une louche en bambou tsukubaibishaku 蹲踞柄杓 et des "pierres à usage particulier" yaku-ishi 役石. Géneralement une lampe en pierre ishidôrô 石灯籠 est disposée toute proche, afin d'éclairer l'ensemble lors de cérémonies se déroulant de nuit. Ainsi, le corps totalement purifié, l'esprit serein et vide de toutes mauvaises pensées, l'invité peut entamer la dernière étape qui va le conduire à la porte de la cabane à thé nijiriguchi 躙口, porte qui ne peut se franchir qu'à genoux. Le parcours dans l'uchiroji pourra également être ponctué par de seconds machiai et setchin, mais invariablement, un autre tsukubai sera présent juste avant le chashitsu et parfois un autre chiriana.

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