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Shoseien(渉æˆåœ’), Kyôto. Ce jardin a évolué au cours des siècles et a été aménagé sous sa forme actuelle par les célèbres Ishikawa Jozan et Kobori Enshu sur l'ancien site du Kawara no in.


Premiers jardins " japonais".

Influences du bouddhisme
Si le confucianisme joue un rôle important sur l'évolution de la société et de la mentalité du peuple japonais, celui tenu par le bouddhisme (importé de Chine via la Corée dès le IIIe siècle et devenu religion d’Žétat en 594) est tout aussi important. D'un point de vue social, il est le véhicule d'un certain sentiment de mélancolie et de nostalgie : selon les textes sacrés, l’humanité est entrée dans l’ère mappô 末法, troisième et dernière phase qui composent un cycle de la cosmologie bouddhiste. Cette phase décrite comme un déclin, durant lequel, catastrophes naturelles, corruption et chaos vont frapper les Hommes, est cependant un passage obligé vers un nouveau cycle marqué par l'arrivée d'un nouveau bouddha. Ainsi le sentiment général est proche de celui d'une fin de monde. Sur un plan esthétique, cela se traduira par l'adoration de ressentis tel que l'impermanence des choses (mujô 無常) ou la "notion du temps qui passe", la beauté du caractère éphémère de la vie et la mélancolie qu'elle peut provoquer (mono no aware 物ã®å“€ã‚Œ). De fait, les jardins de l'époque sont, sans aucun doute, ceux qui marquent le plus le "temps qui passe", la succession des saisons, grâce à la plantation d'arbres, arbustes et autres plantes qui y correspondent, comme dans le cas des jardins "4 saisons" (érables pour l'automne, cerisiers pour le printemps, etc.).

La noblesse n'est pas la seule à s'intéresser à l'art de dresser les pierres. Ainsi à l'époque des Fujiwara, deux sectes bouddhistes ésotériques occupent une place hégémonique : il s'agit des écoles Tendai et Shingon. Les moines qui sont eux aussi des érudits, vont s'essayer à l'aménagement de jardins dans leur temple, mais en occultant l'aspect "divertissement" et la référence à la poésie ou à la littérature. Ainsi les iwakura 岩座 (pierres sacrées) et autres kamiike 神池 (étangs sacrés) du Shintô, vont évoluer vers de nouveaux concepts représentatifs pour devenir par exemple, le mont Sumeru du bouddhisme hindouiste (devenu Shumisen 須弥山 en japonais, axe central de l'univers et demeure des dieux, entouré de 9 cercles de montagnes, 8 mers et de 4 continents) ou "l'étang au lotus" lieu où les âmes renaissent selon l'école de la "Terre Pure" (Jôdo 浄土). Les jardins de style Jôdo sont donc des représentations (Marc Peter Keane parle de "Mandala en 3 dimensions") du paradis du bouddha Amida (Amida Butsu 阿弥陀ä») décrit comme une île se trouvant vers l'ouest, à l'instar du Byôdo-in 平等院. Cette description d'une île paradisiaque venue d'Inde via la Chine, trouvera écho auprès des aristocrates nippons, qui y reconnaîtrons l'évocation de leur propre pays !

Ainsi, si ces premiers jardins réalisés par des japonais se réfèrent encore aux modèles coréens ou chinois pour la forme, le fond quant à lui reflète davantage les goûts et préferences de ce peuple insulaire. L'importance accordés aux paysages maritimes par exemple est spécifique aux japonais comme tend à le prouver l'excentricité de l'aménagement du Kawara no in réalisé par Minamoto no Tôru (822-895), évocation de la baie de Shiogama pour laquelle il fît mettre en place un système de canalisations permettant d'approvisionner son étang en eau saumâtre ! Soucis du détail : il procédait même à l'extraction du sel, activité principale des habitants de cette région. L'évolution des esprits est en marche et les aménagements de l'époque Heian possèdent déjà les principales caractéristiques qui se retrouveront tout au long de l'histoire des jardins nippons : importance du minéral, de l'eau et harmonie entre la ligne droite (les bâtiments) et la courbe (le jardin).

Pour voir une sélection de photos de jardins représentatifs de cette époque : merci de visiter la section "folio".


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