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Premiers jardins " japonais".

Premiers écarts
La science chère aux chinois de "l'équilibrage des forces de l'univers" (fengshui) va être elle aussi assimilée (comme tant d'autres) par les "architectes/bâtisseurs" de la nouvelle capitale Heiankyô pour devenir le fûsui 風水 (litt. "souffle et eau"), ensemble de méthodes propitiatoires comportant des adaptations "locales" par rapport au modèle original du continent. Ainsi certains principes d'agencement appliqués à l'élaboration du palais impérial et de la ville tout entière, vont être appliqués dans la conception même des jardins (comme l'importance d'une orientation au Nord, que l'eau prenne source à l'Est, etc.). Bien plus qu'une réelle volonté de "vivre en harmonie avec l'univers", les aristocrates japonais esperaient surtout obtenir en suivant ses "règles", prospérité et longue vie. Mais une très grande attention devait être portée à "l'équilibrage" de ces forces naturelles, sous peine de voir l'effet escompté s'inverser. De fait, il est indéniable que les préceptes issus du syncrétisme des théories du yinyang et des 5 éléments (inyogogyôsetsu 陰陽五行説), étaient appliqués de manière plus ou moins fidèle, dans la création de complexes englobant bâtiments et jardin (les japonais s'octroyant en effet certaines "souplesses" dans leur application au fil des siècles). Et ce sont peut être ces "écarts" faits à la tradition chinoise, qui motivèrent Tachibana no Toshitsuna (1028-1094) à rédiger vers la fin du XIe siècle, son fameux Sakuteiki 作庭記, dans lequel il déplore le fait que les "[maîtres jardiniers] semblent se contenter d'observer, par exemple, les paysages naturels, et d'effectuer leur travail coûte que coûte, sans même distinguer les interdits". (pour plus d'infos sur le Sakuteki, voir le livre "L'art de dresser les pierres").

Les jardins (étang + île(s)) viennent s'intégrer en osmose avec l'architecture de type shinden, représentative de l'époque. L'élément majeur de ces jardins reste l'étang, qui occupe très souvent bien plus de la moitié de la surface disponible. La manière la plus prisée de découvrir le jardin est de monter sur de petites embarcations et de naviguer sur le plan d'eau (la "promenade" à pied n'était pas au goût du jour car rendue difficile par le port vestimentaire très protocolaire et peu pratique de l'époque). Ces jardins sont cependant plus petits que les modèles originaux du continent du fait de la réglementation de l'urbanisme imposée par les Fujiwara, qui restreignent la superficie des domaines bâtis à l'intérieur de l'enceinte de la capitale. Il faut voir dans cette contrainte, l'origine de l'invention de la notion de "fûzei" (litt. "souffle et émotion") que cherchaient à atteindre les concepteurs de jardins de l'époque. L'agencement ainsi recréé devait suggérer la même émotion que celle éprouvée face à la Nature.


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