Origines des jardins japonais.
Dualités dans un espace délimité.
En Japonais, il existe de nombreux mots pour dĂ©signer un “jardin”, mais l’un des plus courants de nos jours est teien ĺşĺś’. Ce mot est composĂ© des 2 idĂ©ogrammes (niwa et sono) qui chacun Ă©voque une notion importante.
Durant la pĂ©riode JĂ´mon ( -10000 Ă -300) , les peuples vivent de chasse et de collecte. Le mot niwa ĺş est sans doute employĂ© pour dĂ©signer les territoires de chasse, kariniwa ç‹©ĺş, mais sert aussi Ă désigner les lieux des rĂ®tes sacrĂ©s, les yuniwa ć–Žĺş. Ces espaces Ă©taient parfaitement dĂ©limitĂ©s du reste de leur environnement (probablement par des touffes d'herbe nouées dans un premier temps, puis par des cordes sacrées shimenawa 標縄 ) , sans qu’il y ait toutefois une quelconque idée d'appropriation du dit lieu. "Limites” et “non appartenance” sont donc des notions essentielles Ă ce terme qui se rapporte Ă une nature “sauvage”, “non domestiquĂ©e”.
Avec le dĂ©veloppement de la riziculture Ă la pĂ©riode Yayoi ( -300 Ă 300). L’Homme apprend Ă modeler le paysage Ă des fins agricoles. Il prend sans doute conscience Ă ce moment qu’il peut agir sur cette Nature et la contrĂ´ler dans une certaine mesure. En travaillant un lopin de terre, l’Homme a de fait, cherché Ă se l’approprier afin de jouir des fruits de son labeur. Les notions “d’appropriation” et de “Nature amĂ©nagĂ©e” sont donc venues complĂ©ter la notion de “limite” dĂ©jĂ existante. En termes linguistiques, ces Ă©volutions de perception de l’environnement, se traduisent par l’apparition du mot : sono ĺś’ oĂą la notion “d’enceinte” apparait clairement dans le dessin mĂŞme de son idĂ©ogramme.
Ceci illustre parfaitement cette “dualité au sein d’un même tout”, mode de pensée très courant du monde asiatique (cf : yin-yang ), qui se retouve dans les jardins japonais : une nature sauvage et une nature domestiquée se partagent en harmonie un même espace défini.
|